L'Appellation Champagne
Aujourd’hui mondialement connue, l’Appellation Champagne ne s’est pas faite en un jour. Son histoire est vieille de plusieurs siècles et riche de multiples péripéties, dans lesquelles ce dossier va vous faire voyager.
Tout commence par un terroir, tellement particulier qu’il engendra les plus originaux des vins grâce au talent d’hommes qui surent en exprimer la délicate typicité et la sublimer par l'effervescence.
L’originalité devint très vite renommée, là encore sous l’impulsion de pionniers qui firent connaître ces vins d’exception aux amateurs éclairés du monde entier. Au début du XXème siècle, le Champagne avait déjà la force d’un mythe. Les Champenois décidèrent de le protéger en fixant une aire strictement délimitée et des règles communes de production, qui se traduisirent par la reconnaissance de l’Appellation d'Origine Controlée Champagne.
Depuis, les Vignerons et Maisons de Champagne, unis dans le cadre du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, ne cessent de développer cet héritage et de faire partager au plus grand nombre les valeurs de leur prestigieuse Appellation.
L’Appellation Champagne est ainsi une référence pour tous les producteurs et consommateurs qui privilégient l’authenticité, la qualité… et le rêve.
Un vin rare
Le rare sied aux vins Champagne
Dès l’origine, un vin sacré
Jusqu’au Moyen Âge, dans les pays de la Chrétienté, ce sont les religieux qui s’occupent de la vigne : le vin est consacré et bu au cours de la messe. La rencontre de la géographie et de l’histoire va offrir aux vins de Champagne un destin hors du commun. C’est en effet Saint Rémi, évêque de Reims, résidant dans une villa ceinte de vignes près de l’actuel Epernay, qui baptisa Clovis quand il se convertit. Le premier roi de France fut donc sacré en Champagne et les vins de Champagne consacrés un soir de Noël 496.
Quelques siècles plus tard, le mariage de Jeanne de Navarre avec Philippe le Bel associa définitivement le destin du comté de Champagne à celui de la couronne de France.
Consacré par l’Histoire
De 898 à 1825, c’est à Reims, au cœur de la région de Champagne, que les rois de France seront sacrés. Les cérémonies, selon les récits qui en furent faits, s’accompagnèrent toutes de festins où les vins de Champagne coulaient à flots. Très vite appréciés pour leur goût et leur finesse, ceux-ci vont devenir les vins que l’on offre en hommage aux monarques qui viennent dans la région.
François Ier en reçut plusieurs “pièces”, Marie Stuart également, de passage dans la cité des sacres ; on parle de centaines de pintes offertes à Louis XIV pour son couronnement.
Dès le XIIème siècle, la réputation des vins de Champagne a franchi les frontières et leur prestige ne cesse de grandir.
C’est ainsi que le 14 juillet 1790, pour la fête de la Fédération sur le Champ de Mars, seul le Champagne est jugé digne d’encourager les révolutionnaires.
Quelques années plus tard, tous les princes présents au Congrès de Vienne racontent l’omniprésence du Champagne de septembre 1814 à juin 1815. De fêtes en soupers, le Congrès s’amuse : “l’esprit pétillait comme le vin de Champagne” et ce fut bien le premier lien fédérateur des participants.
Le Champagne a par la suite consacré bien des grands traités et il y a peu encore, celui de Maastricht. Il est toujours exigé par tous ceux qui, dans le monde, veulent souligner l’importance d’un moment historique. Même la reine Pomaré de Tahiti, selon Pierre Loti, exigea plusieurs caisses de Champagne pour marquer la consécration d’un temple païen sur son île.
Symbole de l’excellence, le Champagne figure toujours en bonne place sur les menus des grands mariages royaux depuis deux siècles. Il a été l’invité magique et spectaculaire des grandes expositions universelles de 1889 et de 1900 à Bruxelles et Paris; et avec le temps, il a confirmé son image de vin d’exception. Aujourd’hui plus que jamais, c’est toujours à lui qu’on fait appel dès qu’il s’agit de distinguer la rareté ou la grandeur d’un événement.
L’émotion rare des premières fois
Depuis Clovis, les vins de Champagne sont restés associés aux baptêmes : ce sont eux, et seulement eux, que l’on invite à consacrer le bonheur des premières fois.
Il n’est pas donné à tous les vins de venir bénir la coque des plus beaux bateaux du monde lors de leur mise à l’eau. Qu’il s’appelle le Great Britain en 1843, le France ou… Mon rêve !
Il était évidemment là lors des vols inauguraux du Concorde et au moment de la jonction des tronçons français et anglais du tunnel sous la Manche.
Il a sûrement été servi bien frais quand Maurice Herzog a partagé avec son équipe “la” bouteille de la victoire après l’ascension de l’Annapurna. C’est aussi du Champagne qu’a bu Pierre Mazeaud en 1978 au sommet de l’Everest, comme l’avait fait avant lui l’équipe de la Croisière jaune d’André Citroën sur le Toit du monde en 1931. C’est une belle première fois pour Jean-Loup Chrétien que son voyage dans la capsule spatiale soviétique.À peine revenu sur terre, il réclame une coupe de Champagne, fidèle à une tradition initiée par les pionniers de l’aviation.
C’est aussi le vin des dernières fois
À la Conciergerie, en 1793, Philippe d’Orléans attend de comparaître devant le tribunal révolutionnaire. Désireux de profiter de ses derniers moments, il exige de déguster calmement quelques bouteilles du vin des rois.
Quelques années plus tard, Napoléon est en Russie ; il bat l’armée du Tsar à Smolensk. Les nobles locaux se consolent au Champagne “délicieux bien que français”
Les rafraîchissoirs sont des vasques de métal dans lesquels les Champenois font rafraîchir plusieursbouteilles à la fois.