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La Révolution Belge
Après la défaite de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815, au Congrès de Vienne de 1814-1815, l'Angleterre avait imposé l'union de la Belgique aux Pays-Bas. Londres espérait que cet état-tampon empêcherait la France de se relancer à la conquête de l'Europe.
Après la première abdication de Napoléon, battu par les forces de la 6e coalition, les Puissances décident de remanier la carte de l'Europe.
Par le Traité de Paris (30 mai 1814), elles reconnaissent l'indépendance de la Hollande et projettent de lui donner la Belgique comme « accroissement de territoire », afin de constituer une barrière contre la France
Le 26 juin 1814, le Protocole de Londres stipule que la réunion des deux pays sera «intime et complète» de façon à ne former qu’un seul Etat, et que la constitution déjà établie en Hollande sera appliquée en Belgique après avoir été modifiée d’un commun accord. Le Congrès de Berlin (1814-1815) ratifie ces décisions des souverains coalisés.
De plus, il enlève à la Belgique les cantons d’Eupen, de Malmédy et de Saint-Vith pour les donner à la Prusse (ils lui seront rendus par le Traité de Versailles le 28 juin 1919) et attribue à Guillaume d’Orange le Grand-duché de Luxembourg pour le dédommager de la perte des territoires que sa maison possédait en Allemagne.
Le 24 août 1815, la Loi fondamentale, c’est-à-dire la constitution hollandaise, est mise en vigueur dans nos provinces, bien qu’elle ait été rejetée par la majorité des notables belges.
Mais dans ce nouveau royaume des Pays-Bas, les Belges ne cessent de se plaindre d'être traités en citoyens de second rang alors qu'ils ne sont pas moins de 3,5 millions face à 3 millions de Hollandais. Les postes de l'administration sont confiés à des Hollandais et les belges se sentent floués, leurs appels au Roi Guillaume restent sans réponse Il faut dire que 250 ans après la scission des Dix-Sept Provinces de Charles Quint et Philippe II de Habsbourg, et près de mille ans de Principauté de Liège, les Belges ne se sentent guère d'affinités avec leurs cousins du nord et ont un esprit d'indépendance. Catholiques suite à la volonté de leurs anciens tuteurs espagnols et autrichiens, les Belges se distinguent des Hollandais, en majorité protestants de confession calviniste. Malgré les progrès économiques et sociaux réalisés sous le nouveau régime, de profonds dissentiments continuent à subsister entre les deux peuples réunis par la volonté des Puissances. D’autre part, le roi Guillaume, par sa politique personnelle et sans contrôle, blesse les idées et viole les droits de ses sujets du Sud. Aussi les griefs s’accumulent peu à peu et provoquent finalement le mécontentement de toutes les classes de la société. L’opposition belge aux tendances trop absolues et «hollandisantes» du roi se manifeste tout d’abord aux Etats Généraux, où nos députés font entendre de véhémentes protestations et votent contre le gouvernement.
Un rapprochement entre les catholiques et les libéraux s’opère en 1827. L’année suivante, le bloc des deux partis est réalisé par l’Union des oppositions et un programme commun d’action est arrêté pour lutter contre le despotisme. La bourgeoisie belge parle français et regarde vers Paris. D'ailleurs, de nombreux belges s'étaient engagés dans l'armée française et la Belgique gardait aussi la nostalgie du temps où elle faisait partie du territoire français. Les Hollandais cultivent la langue de leur terroir et gardent les yeux rivés vers le grand large, leurs colonies, et la Belgique n'en est qu'une de plus. Avec le concours des journaux, l’Union organise, en novembre 1828, une pétition qui réunit près de 40.000 signatures. En 1829, les protestataires renouvellent leur pétition et recueillent plus de 300.000 signatures.
Pendant les premiers mois de 1830, la désaffection s’aggrave entre Belges et Hollandais tant à la Chambre que dans le pays. La rupture morale est consommée, mais le loyalisme des Belges reste entier.
A Bruxelles, au théâtre de la Monnaie, le 25 août à l'occasion des 59 ans du Roi Guillaume, a lieu la représentation de la Muette de Portici , opéra en 5 actes de Daniel Esprit Aubert , paroles de Eugène Scribe et de Germain Delavigne, qui exalte les sentiments patriotiques. Cette oeuvre qui transporte à la scène la révolte du peuple de Naples contre la domination espagnole au 17e siècle avait été exécutée avec succès à Paris deux ans auparavant.
Le 26 août, à Liège, dans un café au pied de la rue Haute Sauvenière où arrive la diligence de Bruxelles, la nouvelle se répand que des manifestations de rue ont eu lieu après la représentation de l'opéra "La Muette de Portic" d'Aubert.
Aussitôt, les Liégeois s'organisent pour prêter main forte aux Bruxellois et bouter les Hollandais hors de Bruxelles. C'est derrière un drapeau brandi par Charles Rogier que, le 4 septembre 1830, les volontaires quittent Liège pour Bruxelles.
L'histoire est en marche et le rôle des Liégeois dans la réussite de l'insurrection sera largement établi. Mais Liège aussi est occupée par les Hollandais retranchés dans la citadelle, sur les hauteurs de Sainte Walburge.
La libération du territoire s’ achève : poursuivis par les patriotes, les Hollandais sont refoulés sur la Nèthe (bataille de Waelhem), puis sur Anvers (batailles de Berchem et de Borgerhout).
Le 4 novembre, la Conférence de Londres formée des représentants des cinq grandes puissances (Angleterre, Autriche, France, Prusse et Russie), impose un armistice aux belligérants et l’ évacuation mutuelle des territoires. Elle décide ensuite successivement (protocole de décembre 1830 et de janvier 1831), la dissolution du royaume des Pays-Bas, l’ indépendance de la Belgique, ainsi que la neutralité perpétuelle et l’ inviolabilité du nouvel État. Elle fixe encore notre part de la dette du royaume dissout et " les bases de la séparation " du Nord et du Sud. Le 10 novembre, le Congrès national se réunit et vote trois décrets importants : - l’ indépendance du peuple belge, - la monarchie héréditaire et représentative, - la déchéance de la famille d’Orange-Nassau. Il dote ensuite le pays d’ une constitution.
Le 4 juin, le vote du Congrès appelle au trône Léopold de Saxe-Cobourg, mais ce prince subordonne son acceptation à l’ adoption par le Congrès du traité des XVIII articles, proposé par les Puissances comme préliminaires de paix. Après d’ orageux débats, le Congrès accepte le traité des XVIII articles, le 9 juillet
Le 21 juillet 1831, la prestation de serment du premier roi des Belges a lieu, sur la place Royale, à Bruxelles.
"Je jure d' observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l' indépendance nationale et l' intégrité du territoire."
Cette date du 21 juillet deviendra symboliquement la date de la fête nationale de la Belgique.
Le roi Guillaume refuse d’ adhérer aux préliminaires de paix et, le 2 août, sans sommation, ses troupes envahissent la Belgique. Aussitôt le Roi Léopold se met à la tête de son armée, mais lutte malheureusement d’une façon inégale (Campagne des dix jours).
L’ arrivée des 50.000 hommes du maréchal français Maurice Etienne Gérard contraint les Hollandais à repasser la frontière.
A la suite de l’ agression hollandaise, la Conférence de Londres remplace le traité des XVIII articles par celui des XXIV articles, moins favorable à la Belgique parce qu’il lui enlève Maastricht et le Limbourg hollandais, le Luxembourg de langue allemande et lui fait porter une partie importante de la dette de l’ancien royaume des Pays-Bas.
Le 15 novembre 1831, la Belgique résignée, accepte ce traité, tandis que Guillaume Ier le repousse et refuse de rendre la citadelle d’Anvers.
Léopold Ier en appelle aux Puissances.
La France et l’Angleterre bloquent les côtes de la Hollande tandis que l' armée française, du maréchal Gérard force le général Chassé à capituler (1832). Pendant six ans encore, Guillaume Ier s’ obstine à ne pas adhérer aux décisions de la Conférence. Soudain, en 1838, il déclare adopter le traité des XXIV articles. Mise en demeure d’ assurer l’ exécution de ce traité, la Belgique consent à le ratifier malgré les lourds sacrifices qu’ il lui impose. Le 19 avril 1839, notre ministre plénipotentiaire à Londres signe l’ acte définitif clôturant les négociations diplomatiques et mettant le sceau à notre statut international.
Désormais la Belgique, indépendante et neutre, devient « la clé de voûte de l’ ordre européen ».
La Belgique servait de zone tampon, traversée obligatoire pour envahir les autres pays. Le relief de la Belgique se prête en effet assez bien au passage des troupes qui pendant très longtemps ne se sont jamais gênées jusqu' en 1914 et 1940.
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